Le début de la bataille 449
Le début de la bataille
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Le début de mon histoire

 

Depuis quelques jours, quand je prends ma douche, je sens sur le dessus de mon sein gauche un ballonnement mais je n’y prête pas vraiment attention.  Cependant, le 1er mars, toujours dans la douche, je décide d’investiguer plus sérieusement et je découvre qu’il s’agit vraiment d’une petite masse qui est installée dans mon corps.  Ouf, je suis sous le choc, j’ai les jambes molles, je dois m’asseoir pour terminer de me laver.  Je complète mes préparatifs matinaux sans trop m’en rendre compte, comme dans une brume.  Je suis mère monoparentale et ma mère est chez-moi pour garder mon fils durant le congé de la semaine de relâche mais je ne lui en parle pas car c’est sa fête aujourd’hui.  Dès mon arrivée au bureau, je me précipite vers une collègue qui a eu un cancer du sein quelques années auparavant.  Elle me dit de ne pas tarder à consulter et me réfère à la clinique où elle a été traitée.  C’est une clinique privée et j’ai de bonnes assurances.  Je suis prête à assumer des frais pour en avoir le cœur net et cela, le plus rapidement possible.

Je les appelle et un rendez-vous est fixé pour la semaine suivante.  Je vois un médecin qui m’examine, qui me fait une mammographie, une échographie ainsi qu’une biopsie.  À chaque étape, j’espère qu’on va me dire que ce n’est rien de grave mais ça n’arrivera pas, on me retourne à la salle d’attente avec ma nervosité croissante.  La biopsie est particulièrement éprouvante car je prends un médicament pour éclaircir le sang et on devrait théoriquement l’arrêter avant de faire la biopsie.  Le médecin me dit qu’avec ce qu’il a vu à l’échographie, il veut procéder rapidement.  Je donne mon autorisation et on fait la biopsie sur le champ.  Une fois la biopsie effectuée, je dois passer près d’une heure avec un gros sac de sable sur le sein pour arrêter le saignement.  Comme on me laisse seule et j’ai tout le loisir d’imaginer une grande quantité de scénarios, la plupart catastrophiques, pour la suite des choses.  Je suis inquiète mais calme, comme si j’étais dans un mauvais rêve.  Je fais des plans sur mon organisation professionnelle et familiale des mois à venir.  Essayer de planifier m’aidait à ne pas déraper et me forçait à garder le contrôle de mes émotions.

Une fois le saignement contrôlé, je retourne au bureau du médecin qui m’indique que les résultats complets seront connus dans quelques jours.  On jase sur la suite des choses et il me dit que selon son expérience, le sein devra probablement être retiré en entier.  J’encaisse le choc, je veux vivre et je suis prête à me priver d’un sein.  Il laisse aussi entendre qu’il ne sera pas facile de refaire un sein identique au sein restant et que peut-être de retirer et refaire les deux serait plus simple.  Rendue là, j’acquiesce mais mon cerveau et mon cœur décrochent.  Je deviens comme une machine sans émotions, un robot déconnecté.  On me dit qu’il me faut rencontrer Sonya qui est responsable des patientes et de leur cheminement.  On me conduit à son bureau et sur la porte du département, il est écrit : Oncologie.  J’arrête, je ne veux pas entrer.  Depuis le début de tous ces tests, il est question de cancer du sein mais de lire Oncologie, ça devient très et trop réel, et je suis apeurée, je me mets à trembler.  On insiste et je m’assoie devant Sonya.

Ici, avec Sonya, je redeviens moi-même, je refais surface.  Elle m’explique ce qui s’en vient, elle est d’une douceur et d’une compréhension exemplaire.  Je pleure un peu, lui parle de ma vie avec un enfant dont le père est décédé, de mes craintes, pose des questions et réfléchit tout haut.  Elle est patiente, comme si  son temps avec moi était sa seule priorité.  Je lui parle de la croisière que j’ai planifiée depuis plusieurs mois et qui doit avoir lieu dans 2 semaines.  On convient d’organiser tous les tests et examens avant mon départ et de planifier l’opération pour après mon retour.  Elle m’assure que ce délai ne changera pas les choses de façon importante.

Elle m’apprend que la clinique a aussi des médecins qui travaillent sous le régime public.  Comme les frais ont déjà été nombreux et que d’autres vont s’ajouter (radiographies, échographies, scan et IRM), je décide de faire l’opération avec un médecin différent du premier mais sous la couverture de notre système de santé public.  Avec Sonya, je fixe tous les rendez-vous, elle m’écrit les dates et les instructions sur un papier car mon cerveau ne retiendra pas tout, et elle le sait très bien.  Cette femme a été un ange sur mon parcours, une présence bienveillante que je ne remercierai jamais assez pour tout ce qu’elle a fait pour moi.

En sortant, j’appelle au bureau pour dire que je serai absente pour le reste de la journée.  Et dans les faits, je ne suis retournée qu’une fois tout le processus terminé, et avec l’assurance d’être en rémission.  Je rentre à la maison et je dois faire l’appel téléphonique le plus difficile de tous : ma mère.  On pleure mais on se dit qu’on va prendre ça un jour à la fois et sortir de cette épreuve en gagnantes. 

Je fais donc tous les examens requis et tout est beau, je suis chanceuse, je n’ai qu’un cancer du sein (!).  Ce n’est pas de l’ironie de ma part mais c’est que comme ces tests auraient pu révéler bien d’autres anormalités, juste un cancer devient presque une très bonne nouvelle.

Je revois le médecin avec les résultats de la biopsie et il me donne une belle nouvelle.  Le type de cellules ne laisse pas entrevoir un cancer agressif mais plutôt un type qui est bénin dans plus de 95 % des cas.  J’étais si contente que je l’ai presque embrassé !  Je sors de son bureau en ayant l’impression de ne pas toucher au sol.  L’opération pour retirer la masse cancéreuse (et pas le sein en entier) est prévue pour quelques semaines plus tard.  Il y a quelques jours, je perdais les deux seins et maintenant, je les garde.  Quel heureux revirement ! 

Suite à l’opération, lorsque je retourne voir le médecin pour les résultats, je suis confiante que cette étape de ma vie est terminée, qu’il va me dire que c’était bénin et que la vie peut reprendre comme avant.  Mais au moment où on appelle mon nom, il me passe l’idée par la tête que je pourrais avoir une mauvaise nouvelle.  C’était une prémonition car le médecin m’apprend que la masse était maligne.  Le découragement est revenu tout de go comme une grosse vague qui m’aurait submergée.  Il me rassure cependant rapidement que c’est un type de cancer qui n’est pas agressif et que toute la masse a été retirée.  Il faudra cependant opérer de nouveau pour vérifier les ganglions.  Aucun ganglion n’étant atteint, je ne ferai que de la radiothérapie.

Depuis ce temps, je vais bien.  6 ans ont passé et ces montagnes russes d’émotions pour finir par confirmer un diagnostic exact sont toujours aussi fraîches dans ma tête.  J’ai appris sur moi, sur ma résilience et sur les proches qui m’ont épaulée.  La vie ne sera plus pareille mais c’est correct, c’est ma vie et j’en profite à plein.


Hélène
ajouté(e) par Au-delà du rose Blogue Au-delà du rose affiché 25/09/2019

 
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