Sophie Contre Goliath : Chapitre 1  | par Sophie Michaud 464
Sophie Contre Goliath : Chapitre 1 | par Sophie Michaud
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Sophie contre Goliath : chapitre 1

En me couchant ce soir-là, j’ai ressenti une terrible douleur au sein droit. Dans la journée, j’étais allée poster les invitations à mon mariage. Le lendemain matin, en faisant l’autoexamen de mes seins, j’ai découvert une bosse… Ce n’était pas possible ! Pas moi ! Pas à 37 ans ! J’avais mal et je ressentais des décharges électriques au sein, mais mon médecin avait été rassurant : « Un cancer, ça ne fait pas mal ! »  J’étais quand même inquiète. Nous étions le 16 avril 2013. 

Le 22 avril, les tests et les investigations ont commencé.  Au moment de la mammographie, on m’a tout de suite passé une échographie. Le radiologiste a alors annoncé une biopsie. J’ai pleuré, tellement pleuré, et la peur s’est installée en moi. Le 13 mai, on me faisait une biopsie. L’intervention fut douloureuse. Ensuite, je n’ai plus eu de nouvelles jusqu’à ce que j’insiste auprès de mon médecin pour avoir mes résultats le 4 juin.

La conscription 

Le jour où j’ai appris que j’avais un carcinome canalaire de stade 3, avec une métastase dans un ganglion, soit le 7 juin, la peur m’a prise au ventre. La conscription du cancer était venue m’enrôler : je n’avais pas le choix. Déserter n’était pas une option. Mon corps encaissait mal le choc. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait. 

La semaine suivante, la chirurgienne a confirmé mes craintes. Il n’y avait pas d’issue : opération, chimiothérapie et radiothérapie m’attendaient. Ce jour-là, j’ai reçu un énorme coup de fronde au ventre en apprenant que je ne pourrai pas avoir d’enfants. On était le 13 juin, je me mariais le 15. Ça faisait trois mois que je prenais des vitamines afin de transformer mon corps en nid douillet pour un petit être à venir. Le cancer bombardait ma vie de toutes parts. J’étais morte de peur et je souffrais déjà de cette sécheresse qui s’installerait en moi. Au lieu d’accueillir la vie, je devrai regarder la mort en face. Elle aussi, elle m’avait toujours fait peur. 

J’ai réalisé alors à quel point je perdais le contrôle de tout : de mon corps, de mes pensées, de ma vie. J’ai sombré dans l’angoisse. J’ai eu peur de perdre mon conjoint. Accepterait-il de voir ce rêve brisé ? Resterait-il pour se battre à mes côtés ? Quel avenir avais-je à lui offrir ? Lui, contrairement à moi, pouvait s’enrôler ou déserter. Les questions ont bombardé mon esprit: Y aura-t-il plusieurs batailles à cette guerre ?  Qu’aurait l’air mon corps sans une partie de mon sein droit ? Allais-je mourir au combat ? Et j’ai eu peur de souffrir, d’être laide.  J’ai aussi eu peur d’annoncer la nouvelle à mes parents, peur de leur faire voir ma peur, peur de leur faire peur : ils aidaient déjà ma grand-mère qui combattait un cancer du poumon. Ce jour-là, j’ai vu la peur dans leurs yeux, et ça m’a fait mal.

On m’a opérée le 17 juin, deux jours après mon mariage. Je me souviens qu’en me réveillant après l’opération, j’étais euphorique. J’avais rêvé d’un ange et échangé avec lui. Un ange, c’était un bon présage. Quelques jours plus tard, lorsqu’on m’a enlevé mon bandage, j’étais dévastée ! La bataille avait commencé, j’en portais maintenant les cicatrices. J’avais officiellement perdu le contrôle de mon physique. Je n’étais plus capable de me regarder dans le miroir. Et je n’étais pas au bout de mes peines. Alors que je tentais de me remettre de ce choc, j’ai reçu un appel qui m’annonçait que je devais subir une deuxième opération parce que les marges contenaient trop de cellules cancéreuses. Ce fut un véritable coup de fronde dans le front : j’ai eu la sensation de perdre pied. On ne m’avait jamais parlé de cette possibilité. Je perdais le contrôle de la situation. J’ai pleuré, tellement pleuré.  Je ne pouvais rester ainsi à subir les contrecoups. Je devais faire quelque chose, mais quoi ?

La guerre, je la connaissais d’abord par la mythologie, mais Arès, Mars et Odin ne pouvaient rien pour moi. J’étais seule dans ce combat, et je devais participer à la libération de l’envahisseur. Les militaires adoptent une stratégie lorsque c’est le temps de se battre. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Pouvais-je y changer quelque chose ? Il fallait que je me prépare, que je m’entraine. J’étais une contrôle freak dans la vie, je devais tenter de garder le contrôle. Il valait mieux planifier minutieusement sa bataille que de ne pas avoir de plan. 

J’ai donc préparé mon plan avec ce que je savais faire de mieux : lire. Je suis allée à la bibliothèque chercher des livres sur le cancer. J’ai lu les textes des plus grands chercheurs sur la question et j’ai mis en place ma propre stratégie.

Ma stratégie

D’abord, j’ai complètement changé mon alimentation. Cette étape a été aussi difficile pour mes proches que pour moi : mon monde social se déroulait souvent autour des repas. J’ai ensuite fait plus de sport, ce qui n’était pas si facile à intégrer au quotidien. J’ai eu la chance d’avoir, Lucie, ma belle-mère pour marcher avec moi et m’apprendre à me connecter à la nature, à respirer au grand air et à pratiquer la contemplation. De plus, j’ai cultivé mon jardin intérieur. J’ai réglé ce que j’avais à régler avec plusieurs personnes dans ma vie. J’ai aussi fait de la méditation et j’ai entraîné les petits soldats de mon système immunitaire à éliminer les cellules cancéreuses. La zénitude, la concentration, c’est important pour réaliser cette expérience.  J’ai aussi changé mes produits de beauté et mes produits ménagers afin d’utiliser des produits moins toxiques. Enfin, j’ai fait faire le ménage énergétique de ma maison. Je n’avais plus rien à perdre, mais tout à gagner. Plus j’avançais dans mes lectures, plus j’avais soif de contrôle. 

Discipline quand tu nous tiens

La peur de mourir m’a motivée à passer à l’action et à faire des changements dans ma vie. J’ai déterminé un horaire que je suivais à la lettre. Rigide, disciplinée, combative, je me suis révélée être une excellente soldate. J’ai gagné des grades : je suis devenue caporale, lieutenante et ensuite générale.  Je me suis imposé beaucoup de choses par peur de perdre le contrôle : c’était rassurant. Et mon mari m’a suivie dans tous ces changements, en m’épaulant, en les acceptant sans dire un mot. Il a été un membre important de ma troupe.  J’ai suivi ce rythme jusqu’à la chimiothérapie…

Le cancer, un donneur de leçon

Après cette première étape, j’avais déjà reçu plusieurs leçons du cancer.  La première, c’est que je devais affronter mes peurs : il était important de ne pas me laisser gagner par elles, de ne pas leur laisser toute la place. La deuxième leçon qu’il m’a apprise, c’est qu’on ne peut pas avoir de contrôle sur tout. Il faut faire confiance à la vie et la vivre sans tout décider, tout prévoir.

Je vous raconterai la suite dans un prochain billet...


Sophie Michaud




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Blogue Au-delà du rose 19/12/2019

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