Cohabiter Avec Le Cancer ... 468
Cohabiter Avec Le Cancer ...
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Cohabiter avec le cancer…

J’ai quitté la maison à 19 ans, je suis venue étudier dans la ville de Québec, et comme tout étudiant riche de l’époque (not!), je n’avais pas les moyens de me payer un appartement; j’ai donc loué une chambre et j’ai cohabité avec 6 autres étudiants! 

On ne choisit pas nos colocataires quand on loue une chambre… Mais, j’ai été chanceuse, ils étaient tous très gentils!

À 47 ans, j’ai dû revivre la cohabitation avec des inconnus, mais cette fois, dans ma maison… Mon corps…
Nous réagissons tous différemment face aux épreuves, moi, je suis du genre à réagir de façon pas mal positive… Oh, cela n’empêche pas la peur, le désespoir, les larmes, la colère, etc. Tous ces sentiments ont fait partie de ma cohabitation avec le cancer.

Oui, vous avez bien lu, j’ai cohabité avec le cancer. Je n’aimais pas dire « Me battre », je n’aimais pas l’idée d’être une combattante;  je n’en suis pas une. Non vraiment, je suis la femme la plus peureuse au monde! Le mot cohabitation me paraissait mieux, ou plutôt représentait mieux mon état face à la maladie.  
Au début de la maladie, tout ce que je savais était la date de mon opération, seul le stress habitait ma maison. Quand ton colocataire s’appelle « Stress » et qu’il fait pas mal de bruit à toute heure du jour; à un moment donné on lui crie de se calmer! Du moins, c’est ce que j’ai fait, cela devenait trop, vraiment trop envahissant, étouffant... Je lui ai dit, ou plutôt crié : « ASSEZ ! ».

Mon premier colocataire s’est calmé un peu, bien qu’il récidivait de temps en temps. Le temps qu’il était plus tranquille me permettait de mieux encaisser les nouvelles.  Oui, parce que le corps c’est une grande maison, il y avait de la place pour recevoir ma deuxième colocataire, LA CHIMIO.

Ah celle-là, elle m’a donné du fil-à-retordre! Comme je vous l’ai dit, on ne choisit pas ses colocs! Au début, lors de sa toute première journée, elle m’a trainé dans une salle pleine de monde. Elle m’a fait rencontrer des infirmières et toute une équipe médicale extraordinaire. Et elle a été assez gentille les 3 premières journées. Mais après, elle partait dans un tourbillon infernal. Sa musique dans le piton, tellement forte, que je me tordais de douleur. Oui, quand elle faisait le ménage de mon corps, elle était impossible à arrêter. Et ensuite au bout de 5 ou 6 jours, elle se calmait. J’avais du temps pour me relaxer, enfin…

Mais, j’avais appris à la connaître et j’ai une bonne capacité d’adaptation Ainsi, je savais qu’à toutes les trois semaines, on irait ensemble à la même salle, saluer les gens, rire avec les infirmières, aller diner avec mon chum ou mon amie. Et je savais aussi qu’après, elle recommencerait son ménage et son vacarme. Et aussi, elle me laisserait quelques journées pour relaxer. J’avais compris, que son ménage était important, elle enlevait toutes ces cellules potentiellement cancéreuses. Dans le fond, elle faisait le travail que je ne pouvais pas faire. Alors, je me suis habituée à elle.

Parfois, quand elle était plus intense, je pleurais. Oui, parce que là mon chum me laissait avec elle, il savait qu’il ne fallait pas trop déranger  C’est la seule qui m’a entendue pleurer durant cette période.
Mais un jour, « STRESS » a décidé d’inviter des amis, LA COLÈRE et le DÉSESPOIR… Oh là là… Déjà CHIMIO était intense et parfois insupportable, quand ces deux-là sont rentrés, j’ai ressenti un tremblement de terre secouer toute ma maison, mon corps criait de le laisser tranquille, SILENCE !  C’était vers la fin du traitement de chimio, il est vrai que plus ça avance et plus les effets s’accumulent. Moi, je ne voulais plus de chimio, je ne voulais pas aller à mon dernier traitement, j’étais à bout de nerfs, je voulais que CHIMIO disparaisse pour toujours de ma vie. C’est DÉSESPOIR qui s’énervait, mais là, mon chum s’en est mêlé, il a parlé dans le casque à ce DÉSESPOIR, et il m’a dit que j’étais plus forte, que j’avais fait tellement bien, que j’étais une grande résiliente. Eh bien, DÉSESPOIR est sorti à coups de pied  de ma maison, et COLÈRE a suivi!

Mais, il restait de la place, une dernière colocataire devait s’installer pour un mois, RADIOTHÉRAPIE. Elle, elle a été plus douce, par contre elle m’obligeait à sortir à tous les jours, fatigue ou pas; il fallait y aller! En plus de son goût pour les coups de soleil, ce qui m’a causé des douleurs et des risques d’infection, tellement mon sein s’était pris un méchant coup de soleil aux rayons intenses ; elle m’a permis de faire de belles promenades dans le Vieux Québec, d’essayer de nouveaux petits restos, et surtout, de visiter le marché de Noël allemand en compagnie de mon amoureux! Elle a été une excellente colocataire!

Vous l’aurez remarqué, j’adore inventer des histoires, et bien qu’elles soient parfois loufoques, elles contiennent toute mon émotion. Inventer l’histoire de colocation avec le cancer m’a permis de passer à travers la montagne russe des émotions que cette maladie apporte avec elle. C’était ma façon à moi, de dire aux autres : « Regardez, malgré tout, il y a toujours de la place pour vivre, rire, s’amuser et RÊVER! ».

Au final, cette colocation s’est avérée être une drôle d’aventure, mais là je suis bien dans ma maison, mon corps est seul et il est bien ainsi!


Eli


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Blogue Au-delà du rose 16/01/2020

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