Moi Mes Souliers  |  par la Randonneuse 470
Moi Mes Souliers | par la Randonneuse
global_published
f9d4e68b7b5a2517b7073ceff77b8e2b-huge-n.


 

Moi, mes souliers…*

 

J’ai appris cette chanson de Félix Leclerc à la petite école.   Je ne savais pas à quel point elle évoquerait d’autres sentiments plusieurs années plus tard…

 

Lorsque j’ai reçu mon diagnostic de cancer du sein (avec atteinte aux ganglions), j’avais 41 ans. J’étais active, une carrière en plein vol, un conjoint attentif, drôle et amoureux.

 

Après être sombrée dans le désespoir un certain temps, j’ai cherché à comprendre, à m’informer, à dresser un plan qui me permettrait d’essayer de me frayer un chemin bien à moi dans cette aventure malencontreuse.

 

Pour m’informer, je me suis tournée vers une source sûre : la Société canadienne du cancer. Le programme de jumelage téléphonique m’a permis d’être jumelée à une bénévole qui était « passée par là », ayant des points en commun (par exemple environ le même âge, diagnostic et modes de vie semblables) afin d’être soutenue. C’est grâce à ce jumelage avec « Roxanne » (nom fictif) que j’ai pu commencer à tracer MA voie dans mon cheminement. D’abord, parce que lors de mes discussions, j’ai appris qu’on pouvait faire du sport lorsqu’on était en chimiothérapie. Ou encore comment avait-elle vécu la chute de ses cheveux, la relation avec son conjoint et les répercussions sur son emploi ? Aussi, des suggestions pratiques quant à l’achat d’une prothèse capillaire, comment se protéger contre un lymphodoème, etc. Même si j’étais bien entourée par des membres de ma famille et des ami-e-s, je me sentais moins seule en parlant avec « Roxanne », car j’avais l’impression qu’elle me comprenait vraiment, qu’elle était véritablement à l’écoute.

 

J’ai aussi reçu plein de conseils — sollicités ou non — de gens qui cherchaient à m’aider :

 « Évite des aliments cuits », « prends des surdoses de vitamine C », « refuse la chimiothérapie, c’est un poison », disaient certains. D’autres me recommandaient d’éviter de soulever des objets lourds et les piqûres d’insectes (pour prévenir le lymphœdème), de ne pas fréquenter les places publiques (pour protéger le système immunitaire, d’aller jouer dehors et plus encore. Toutes ces personnes ne me voulaient que du bien, aucun doute. Et leurs recommandations émanaient de LEURS vécus personnels, de leurs convictions ou de ce qu’elles avaient lu ou entendu ici et là.

 

C’était étourdissant ! Au début, j’ai mis certaines de ces suggestions en application, mais c’était juste... trop ! 

 

C’est là que j’ai décidé qu’il fallait que je trouve ma voie [et ma voix] dans tout cela. Qu’est-ce qui ME ressemblait le plus ? Comment décider ? Comment prioriser ?

 

Je me suis souvenue d’un conseil de ma grand-mère à ma mère alors qu’elle était jeune mariée et qu’elle vivait un moment difficile loin de sa famille : « Habille-toi et sors de chez vous ». C’était donc mon premier pas concret vers un meilleur équilibre : j’ai mis mes chaussures et je suis allée marcher. Pas de destination précise. Juste marcher pour mettre un pied devant l’autre, pour avancer, pour réfléchir ailleurs qu’entre les quatre murs de mon salon. Et pour assimiler tout ce qui se passait, tout ce que j’entendais, mais aussi pour évacuer les suggestions qui ne cadraient pas avec moi. Et pour établir des priorités. Au fil des jours et des semaines, j’ai pris trois décisions importantes : 

  1. Suivre MON étoile, c’est-à-dire tracer MA voie, écouter ma voix, pas celle des autres. Garder ce qui me convenait et évacuer le reste;

  2. Ne pas avoir peur de me demander si je dois VRAIMENT prendre telle ou telle décision aujourd’hui [99 % du temps, la réponse était non, ce qui me permettait de mieux réfléchir] ;

  3. Ne pas arrêter de marcher tous les jours [si les traitements ne me minaient pas trop].

 

Pour marcher, ça prend... des chaussures adaptées. Pas d’abonnement au gym, pas d’appareil dispendieux. J’avoue que ça prend aussi de la discipline et une volonté quotidienne. Si un jour je n’allais pas marcher, mon conjoint, en entrant à la maison, le voyait tout de suite et me disait : « va donc faire un tour dehors ». Parce qu’il voyait que mon humeur n’était pas la même ces jours-là.

 

Je n’ai peut-être pas vu les grandes capitales du monde ces jours-là, mais j’ai parcouru des centaines de kilomètres réelles ... et virtuelles.  Moi et mes souliers avons beaucoup voyagé…    

 

« Un voyage de mille milles commence par un seul pas ». Ancien proverbe chinois.

La randonneuse 

 

*Moi, mes souliers, paroles et musique de Félix Leclerc




3b5a743564f4a24b7ea8a8484c3e5d93-huge-in
09f4dfc2a871461da07cad48dd1fdeea-huge-cc

 

Blogue Au-delà du rose 14/02/2020

Commentaires

Commentaires

Log in pour publier un commentaire.
clojo1967 clojo1967 Mar '20
Wow!superbe a lire! Chapeau!
Au-delà du rose 278
Au-delà du rose
29 Billets 2
L'unique blogue collectif d'autrices et d'auteurs.  Vos histoires de vie, des montagnes russes d’émotions vécues par tant de femmes et d’hommes. 

Pour partager, soutenir,  briser la solitude et surtout à mieux connaitre et les réalités du cancer du sein.  

Ce blogue a besoin de vous. Vous avez envie de partager votre histoireTraitements terminés ou non, votre histoire mérite d'être lue. 


Écrire sur soi : pourquoi - comment :
  • Pour se libérer
  • Pour faire du sens
  • Pour entrer en relation avec soi
  • Pour se faire du bien
  • Pour aider d'autres à mieux traverser leur expérience de cancer du sein.

Devenez blogueuse/blogueur le temps
d’un texte (ou de plusieurs) en écrivant à:

parlonscancer@quebec.cancer.ca  

Ce blogue vous est offert par
des femmes bénévoles engagées à réaliser et à diffuser les histoires de vie des personnes touchés par le cancer du sein.