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Au-delà du rose
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Des femmes bénévoles engagées à réaliser et à diffuser les histoires de vie de femmes et d'hommes touchés par le cancer du sein par le médium d'un blogue nommé 'Au-delà du rose'. 

C'est un blogue collectif de plusieurs autrices et auteurs.  Des histoires de vie, parfois heureuses, parfois difficiles… des montagnes russes d’émotions vécues par tant de femmes et d’hommes. 



Au-delà du rose, est un blogue visant à partager, soutenir, démystifier, rallier, briser la solitude et surtout mieux connaitre et comprendre les différentes réalités du cancer du sein.  

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Archive for septembre, 2019

 

Le début de mon histoire

 

Depuis quelques jours, quand je prends ma douche, je sens sur le dessus de mon sein gauche un ballonnement mais je n’y prête pas vraiment attention.  Cependant, le 1er mars, toujours dans la douche, je décide d’investiguer plus sérieusement et je découvre qu’il s’agit vraiment d’une petite masse qui est installée dans mon corps.  Ouf, je suis sous le choc, j’ai les jambes molles, je dois m’asseoir pour terminer de me laver.  Je complète mes préparatifs matinaux sans trop m’en rendre compte, comme dans une brume.  Je suis mère monoparentale et ma mère est chez-moi pour garder mon fils durant le congé de la semaine de relâche mais je ne lui en parle pas car c’est sa fête aujourd’hui.  Dès mon arrivée au bureau, je me précipite vers une collègue qui a eu un cancer du sein quelques années auparavant.  Elle me dit de ne pas tarder à consulter et me réfère à la clinique où elle a été traitée.  C’est une clinique privée et j’ai de bonnes assurances.  Je suis prête à assumer des frais pour en avoir le cœur net et cela, le plus rapidement possible.

Je les appelle et un rendez-vous est fixé pour la semaine suivante.  Je vois un médecin qui m’examine, qui me fait une mammographie, une échographie ainsi qu’une biopsie.  À chaque étape, j’espère qu’on va me dire que ce n’est rien de grave mais ça n’arrivera pas, on me retourne à la salle d’attente avec ma nervosité croissante.  La biopsie est particulièrement éprouvante car je prends un médicament pour éclaircir le sang et on devrait théoriquement l’arrêter avant de faire la biopsie.  Le médecin me dit qu’avec ce qu’il a vu à l’échographie, il veut procéder rapidement.  Je donne mon autorisation et on fait la biopsie sur le champ.  Une fois la biopsie effectuée, je dois passer près d’une heure avec un gros sac de sable sur le sein pour arrêter le saignement.  Comme on me laisse seule et j’ai tout le loisir d’imaginer une grande quantité de scénarios, la plupart catastrophiques, pour la suite des choses.  Je suis inquiète mais calme, comme si j’étais dans un mauvais rêve.  Je fais des plans sur mon organisation professionnelle et familiale des mois à venir.  Essayer de planifier m’aidait à ne pas déraper et me forçait à garder le contrôle de mes émotions.

Une fois le saignement contrôlé, je retourne au bureau du médecin qui m’indique que les résultats complets seront connus dans quelques jours.  On jase sur la suite des choses et il me dit que selon son expérience, le sein devra probablement être retiré en entier.  J’encaisse le choc, je veux vivre et je suis prête à me priver d’un sein.  Il laisse aussi entendre qu’il ne sera pas facile de refaire un sein identique au sein restant et que peut-être de retirer et refaire les deux serait plus simple.  Rendue là, j’acquiesce mais mon cerveau et mon cœur décrochent.  Je deviens comme une machine sans émotions, un robot déconnecté.  On me dit qu’il me faut rencontrer Sonya qui est responsable des patientes et de leur cheminement.  On me conduit à son bureau et sur la porte du département, il est écrit : Oncologie.  J’arrête, je ne veux pas entrer.  Depuis le début de tous ces tests, il est question de cancer du sein mais de lire Oncologie, ça devient très et trop réel, et je suis apeurée, je me mets à trembler.  On insiste et je m’assoie devant Sonya.

Ici, avec Sonya, je redeviens moi-même, je refais surface.  Elle m’explique ce qui s’en vient, elle est d’une douceur et d’une compréhension exemplaire.  Je pleure un peu, lui parle de ma vie avec un enfant dont le père est décédé, de mes craintes, pose des questions et réfléchit tout haut.  Elle est patiente, comme si  son temps avec moi était sa seule priorité.  Je lui parle de la croisière que j’ai planifiée depuis plusieurs mois et qui doit avoir lieu dans 2 semaines.  On convient d’organiser tous les tests et examens avant mon départ et de planifier l’opération pour après mon retour.  Elle m’assure que ce délai ne changera pas les choses de façon importante.

Elle m’apprend que la clinique a aussi des médecins qui travaillent sous le régime public.  Comme les frais ont déjà été nombreux et que d’autres vont s’ajouter (radiographies, échographies, scan et IRM), je décide de faire l’opération avec un médecin différent du premier mais sous la couverture de notre système de santé public.  Avec Sonya, je fixe tous les rendez-vous, elle m’écrit les dates et les instructions sur un papier car mon cerveau ne retiendra pas tout, et elle le sait très bien.  Cette femme a été un ange sur mon parcours, une présence bienveillante que je ne remercierai jamais assez pour tout ce qu’elle a fait pour moi.

En sortant, j’appelle au bureau pour dire que je serai absente pour le reste de la journée.  Et dans les faits, je ne suis retournée qu’une fois tout le processus terminé, et avec l’assurance d’être en rémission.  Je rentre à la maison et je dois faire l’appel téléphonique le plus difficile de tous : ma mère.  On pleure mais on se dit qu’on va prendre ça un jour à la fois et sortir de cette épreuve en gagnantes. 

Je fais donc tous les examens requis et tout est beau, je suis chanceuse, je n’ai qu’un cancer du sein (!).  Ce n’est pas de l’ironie de ma part mais c’est que comme ces tests auraient pu révéler bien d’autres anormalités, juste un cancer devient presque une très bonne nouvelle.

Je revois le médecin avec les résultats de la biopsie et il me donne une belle nouvelle.  Le type de cellules ne laisse pas entrevoir un cancer agressif mais plutôt un type qui est bénin dans plus de 95 % des cas.  J’étais si contente que je l’ai presque embrassé !  Je sors de son bureau en ayant l’impression de ne pas toucher au sol.  L’opération pour retirer la masse cancéreuse (et pas le sein en entier) est prévue pour quelques semaines plus tard.  Il y a quelques jours, je perdais les deux seins et maintenant, je les garde.  Quel heureux revirement ! 

Suite à l’opération, lorsque je retourne voir le médecin pour les résultats, je suis confiante que cette étape de ma vie est terminée, qu’il va me dire que c’était bénin et que la vie peut reprendre comme avant.  Mais au moment où on appelle mon nom, il me passe l’idée par la tête que je pourrais avoir une mauvaise nouvelle.  C’était une prémonition car le médecin m’apprend que la masse était maligne.  Le découragement est revenu tout de go comme une grosse vague qui m’aurait submergée.  Il me rassure cependant rapidement que c’est un type de cancer qui n’est pas agressif et que toute la masse a été retirée.  Il faudra cependant opérer de nouveau pour vérifier les ganglions.  Aucun ganglion n’étant atteint, je ne ferai que de la radiothérapie.

Depuis ce temps, je vais bien.  6 ans ont passé et ces montagnes russes d’émotions pour finir par confirmer un diagnostic exact sont toujours aussi fraîches dans ma tête.  J’ai appris sur moi, sur ma résilience et sur les proches qui m’ont épaulée.  La vie ne sera plus pareille mais c’est correct, c’est ma vie et j’en profite à plein.


Hélène
publié(e) par Au-delà du rose sur sep 25, 2019 3:28 EDT
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Mon amie Julie.

En juillet dernier, mon amie Julie aurait célébré son 56e anniversaire de naissance. Elle ‘aurait’ célébré mais elle n’est plus des nôtres depuis plus de 10 ans déjà… 

Elle était mon amie d’enfance. Ensemble nous avons vécu une près de l’autre les différentes étapes de nos vies : nos études, nos amours, nos ruptures, nos accouchements, nos carrières…. Nous avons partagé nos joies et nos peines, nos rires et nos larmes, en tête-à-tête, dans des soupers de filles, des activités de couples, des partys ‘de gang’. On était fières de la durée de notre relation, encore plus de sa solidité et on rigolait en pensant aux souvenirs qu’on se raconterait quand on serait devenues des ‘p’tites vieilles’. 

Mais on n’a pas eu le temps de le devenir. 

Même si elle faisait rigoureusement son auto-examen des seins, à 42 ans elle a reçu un diagnostic de cancer. Comme on était jeunes et en pleine forme, on croyait qu’une petite chirurgie lui débarrasserait ‘simplement’ de cette petite masse. Lors de l’opération ce fut non seulement une tumeur qu’on lui retirait, mais le sein entier ainsi qu’une douzaine de ganglions atteints. Julie était forte et faisait ce qu’elle avait à faire pour être plus forte que le cancer. S’inspirant des écrits de Corneau, elle faisait de la visualisation en recevant ses traitements de chimiothérapie et s’inspirant de ceux de Béliveau, elle intégrait le chocolat noir, le pinot noir et le curcuma à son quotidien.

Elle ne se plaignait pas des effets secondaires de ses traitements. Étant coquette, elle portait des foulards aux couleurs assorties à ses vêtements pour camoufler la perte de ses cheveux. Je me rappelle le regard désolé que portait alors sur elle les piétons,  quand je marchais à ses côtés. Julie gardait la tête haute; elle était digne et ne voulait pas susciter la pitié des autres à son égard.  

Ayant une relation d’authenticité, d’ouverture et de franchise, il m’est arrivé de l’inviter à se départir de cette image de ‘femme forte’ pour laisser aller le flot de ses émotions. Sans quoi elle ne le faisait pas.  Pour ‘protéger’ son amoureux, ses enfants, ses parents. Pour ne pas les inquiéter, les attrister. Je lui reflétais à quel point elle était exigeante pour elle-même et lui disait qu’elle avait assez de subir ses traitements sans devoir en plus s’obliger à refouler ses émotions. Je l’encourageais à penser davantage à elle en lui rappelant que ses proches pouvaient trouver des outils pour gérer leurs inquiétudes et leurs émotions. 

Julie se permettait seulement de laisser aller ses larmes dans sa douche. Ce qui était le plus difficile, me confia-t-elle, était la réaction de son conjoint (depuis une quinzaine d’années et le père de ses enfants) face à l’ablation de son sein. Depuis plus de dix-huit mois qu’elle l’avait subi, il lui disait ne pas ‘pouvoir’ regarder sa cicatrice. Ainsi, non seulement elle se sentait rejetée par son homme, mais en plus elle se sentait responsable de l’absence de rapprochement physique avec lui. Cela m’indignait. Même s’ils s’étaient mutuellement promis de partager la vie ‘pour le meilleur et pour le pire’, voilà qu’il se disait incapable de faire face à ce dernier lorsqu’il arriva.

Malgré son sentiment de n’être plus désirable, la chaleur de leurs corps et les contacts sexuels lui manquaient. Julie tentait différentes approches, que ce soit de proposer de faire l’amour dans le noir, de porter un T-Shirt, de conserver son soutien-gorge adapté (avec prothèse intégrée), rien n’y fit. 

Environ 2 ans après son diagnostic, alors qu’elle se sentait suffisamment rétablie, ils planifièrent ensemble une croisière. L’absence des enfants et le contexte romantique de ce voyage serait propice pour retrouver l’intimité perdue… Julie avait de grandes attentes dans ce sens, elle avait abordé le sujet avec son homme et à son grand soulagement ils ont réussi à ‘briser la glace’ ! 

Malheureusement, d’importantes douleurs osseuses sont venues assombrir la fin de ce voyage et dès son retour, Julie refit des examens médicaux. Un nouveau cancer très agressif avec métastases était présent dans son corps et les traitements étaient inutiles. Elle est décédée quelques mois plus tard…

En tant qu’amie, ces souvenirs de Julie (et tellement d’autres, dont des très heureux) demeurent encore bien présents pour moi. Comment j’ai vécu l’expérience du cancer du sein de mon amie ? D’abord, Julie restait la même dans la maladie : forte, coquette, digne et déterminée. J’admirais ses qualités, mais je trouvais qu’elle en avait déjà suffisamment de la maladie et des traitements, sans devoir en plus refouler ses émotions pour protéger les membres de sa famille. J’étais déçue et même amère de constater que leurs émotions semblaient avoir préséance sur celles de mon amie. Je pense qu’ayant toujours eu dans sa famille le rôle de ‘la fille forte’’, chacun s’attendait à ce qu’elle maintienne ce rôle même dans le vécu du cancer du sein. Je leur en ai même voulu de ne pas inviter mon amie à s’épancher auprès d’eux, de se laisser aller. Évidemment, tout ceci était implicite, non-dit. Quand elle me disait profiter de sa douche quotidienne pour pleurer, c’était clair qu’elle avait besoin de le faire mais qu’elle ne sentait pas la possibilité que ce soit auprès des siens. Par contre, autant ses parents, ses enfants que son homme, lui exprimaient leur peine de la voir malade. Julie pouvait même se sentir coupable de leur faire vivre ce chagrin.

Ça me choquait, je les trouvais égocentriques. Pourquoi n’ont-ils pas été chercher des ressources pour eux, un lieu pour aller ventiler leur peine ? Peut-être auraient-ils alors été capables d’accueillir celle de Julie ? Ça m’amène à penser qu’on est pris avec nos dynamiques familiales, nos ‘patterns’ jusqu’à la fin, même quand il serait libérateur de ne plus l’être…

Et surtout, comment je me suis sentie triste, déçue et fâchée face au mari de Julie. Pour moi c’était le summum de l’égoïsme ! Déjà que pour elle la perte de son sein était difficile : l’amputation d’une partie de sa féminité, la peur de ne plus être désirable pour lui. Non seulement il ne l’a pas accueilli avec ce corps modifié, non seulement il ne l’a pas rassuré dans son désir, il ne l’a pas ‘enveloppé’ de son amour, mais il ne laissait place qu’à sa difficulté à lui, à son malaise face à cette nouvelle réalité. Quand elle m’a confié cette situation, j’ai dit à Julie que j’étais en colère contre lui. Elle a alors pris sa défense en me disant qu’il avait trop de peine pour être capable de la voir nue. Elle devait lui laisser le temps de ‘s’adapter à l’idée’… Malheureusement, il n’y a rien de magique et le temps qui passait n’arrangeait rien, au contraire, il ne faisait que prolonger l’absence de rapprochement. Évidemment, je trouvais que c’était le comble quand j’ai compris qu’en plus, elle se sentait responsable et coupable de cette situation. 

Elle comprenait ‘rationnellement’ qu’elle ne l’était pas, mais c’était ‘plus fort qu’elle’, c’est ce qu’elle ressentait tout au fond d’elle-même… Pour moi c’était clair qu’elle vivait cette période de vie comme elle avait vécu le reste : en pensant plus aux autres qu’à elle, en accordant plus d’importance à leurs émotions qu’aux siennes. Mais c’était ainsi qu’elle était mon amie Julie. Le cancer ne l’a pas changée.

À son retour de croisière, notre rencontre s’est faite dans les larmes : la peine face à cet injuste et abominable nouveau cancer, mais qui pour elle était un peu tempérée par l’intimité qu’elle avait enfin retrouvée avec son homme. Je trouvais que c’était bien peu mais pour elle ce rapprochement physique avait eu un impact significatif.

La veille de son décès, nos deux autres amies d’enfance et moi avons retrouvé Julie à l’hôpital, suite à l’appel de sa mère nous avisant que son départ était imminent. Elle était alitée, faible, branchée à l’oxygène, mais elle était pleinement consciente de notre présence et semblait heureuse de celle-ci. Durant un peu plus d’une heure, toutes les trois nous lui avons rappelé des souvenirs, nous lui disions à quel point nous l’avons l’aimé, à quel point elle avait été une super bonne amie, une bonne mère, une bonne épouse... Ce fût des adieux très émouvants. 

Nous lui avons aussi dit qu’elle ferait toujours partie de notre vie, de ‘notre gang’. 

Depuis plus de 10 ans, déjà, lorsqu’on se retrouve en ‘soupers de filles’, ‘de couples’, il y a régulièrement un moment où l’une de nous évoque l’absence de notre amie. Comme si en parlant un peu d’elle lui permettait en quelque sorte, d’être encore un peu avec nous.

Je suis privilégiée d’avoir connu Julie et heureuse d’avoir partagé avec elle une grande partie de ma vie. Voilà, lecteurs, lectrices; je vous en ai partagé aussi un petit bout ! Elle aurait été très heureuse de savoir que son histoire pourrait être utile ou aidante et j’espère qu’elle pourra l’être un peu pour vous.

C.

publié(e) par Au-delà du rose sur sep 19, 2019 3:50 EDT
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Notre corps, notre allié?

Voici un message que j’ai un jour adressé à mon corps :

« Tu me fais mal. Tu es lourd. Tu es enflé. Tu m’empêches d’aller dehors. Tu es faible. Tu me limites. Tu me fatigues. Je t’en veux parfois. J’angoisse à l’idée que tu ne résistes pas. Pourquoi tu as laissé ces cellules pousser en moi? Pourquoi tu as failli à ton travail? Pourtant je prenais soin de toi! Je mangeais bien, je faisais du sport, je m’occupais de toi! Pourquoi tu me fais ça? Je suis si jeune, on est si jeune! Pourquoi tu m’empêches de vivre ma vie. Pourquoi mes nerfs me donnent autant de douleurs, pourquoi mon cerveau est si perdu. Pourquoi tu manges mes muscles? Pourquoi? »

Voici sa réponse, la réponse de mon instinct…

« Je suis dans ton équipe. Je suis victime comme toi. Je fais de mon mieux! Tu sais pourquoi tu me donnes toutes ces molécules chimiques, tu sais pourquoi tu m’attaques avec un scalpel, tu sais pourquoi tu lacères ma chair pour retirer mes ganglions, tu sais pourquoi tu m’irradies encore et encore. Alors ne me le demande pas! Mais sache que moi, je fais de mon mieux! Je distribue les médicaments partout, pour que cela attaque les mauvaises cellules partout, malgré que cela m’endommage partout. Que mes neurones et toutes les autres cellules qui me composent en souffrent. Je bouffe les muscles car j’ai besoin de protéines pour réparer les structures vitales, tu sais ce cœur qui pompe ton sang, ces poumons qui respirent ton air, ce foie et ces reins qui rush comme des fous depuis si longtemps! Alors prend soin de moi comme je prends soin de toi, et cela va bien aller! »

 

C’est imagé bien sûr, mais j’ai réellement eu cette réflexion à un moment où marcher 10 pas pour aller à la toilette était difficile. Où manger était un supplice à cause des nausées. Où je voyais ma santé que j’avais bâtie de sueur et de bons légumes se détruire peu à peu. Dans ces moments-là, aimer mon corps et le remercier a été la chose la plus salutaire. Je m’amusais à imaginer les traitements détruirent les cellules cancéreuses. Les sons d’agonie qu’elles pouvaient faire ou les explosions qu’elles subissaient. Et j’encourageais mon corps à prendre son temps. À se réparer, à mettre sur pause si besoin pour ne pas faire d’erreurs graves. J’encourageais mon foie et mes reins à aider mon corps en éliminant toutes ces toxines, mais pas trop vite pour que les cellules cancéreuses ne survivent pas! 

Un jour mon docteur m’a dit que le premier type de chimiothérapie que j’ai eu était comme 4 bombes nucléaires. Que je devais me concentrer sur ce qui me faisais du bien physiquement pour y survivre. Mais je me suis aussi concentré sur le fait que ces bombes nucléaires étaient mes alliées. Dur de voir quelque chose qui nous fait autant souffrir comme une amie, mais en me concentrant sur le fait que ces bombes me permettraient d’avoir une longue vie en santé pleine d’amour et de projets de bonheur cela était possible. Dire à mon corps que ce n’est pas grave qu’il ne soit pas au top de sa forme, m’a permis de mieux l’écouter. Donc de mieux répondre à ses besoins.

Je me suis centrée sur moi, sur l’analyse de moi, de mes pensées et de mon corps. Je me suis concentrée sur le moment présent, sur « une heure à la fois ». Sur être là pour mon corps qui est là pour moi. Je suis maintenant fière d’avoir été une équipe avec lui, avec les traitements aussi. Je suis en vie, je suis en santé grâce à ce travail d’équipe. Je vie une vie merveilleuse et je continue à prendre soin de mon corps pour qu’il continue lui aussi à me protéger.

 

Marie-Noëlle Séguin Grignon alias manou109

publié(e) par Au-delà du rose sur sep 19, 2019 3:48 EDT

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L’ÉLÉPHANT DANS MON SALON

Par le passé, je ne me suis jamais inquiétée au sujet de la mort. Parce que je me sentais jeune et en pleine santé. Parce que j’ai la chance d’avoir tous mes proches vivants. Je n’ai jamais eu à faire face à une situation où j’y serais confrontée. En fait, je n’ai jamais eu besoin de me rassurer sur le sort de notre âme à notre mort. Je suis assez cartésienne dans la vie de tous les jours et je ne me suis pas demandé avec quelle explication mon esprit serait satisfait. Je ne sais pas non plus de façon claire en quoi je crois.

Le diagnostic du cancer m’a cependant forcé à réfléchir à ma propre date de péremption. Mon pronostic n’en est pas un de fin de vie… Loin de là… Une fois la chimio et la radio terminées, le risque de récidive sera de 15% dans les 5 années à venir. Ensuite ce facteur de risque diminuera doucement au fil des années. Cependant, si le cancer récidivait, il serait incurable. Le cancer du sein triple négatif est ainsi. Toutes les tumeurs ne se valent pas. On m’offrirait des traitements mais on ne pourrait plus me parler de rémission possible.

Il est là l’éléphant dans mon salon… Incontournable et plutôt voyant. Je dois faire avec sa présence et l’apprivoiser pour me sentir moins à l’étroit avec lui.

Dans ma vie professionnelle, je suis analyste financière. Et d’un point de vue comptable, 15% d’une valeur aussi importante qu’une vie humaine, c’est énorme. Mes auditeurs financiers voudraient à coup sûr que je leur donne des explications, que je les rassure sur ce risque, que je prenne une provision pour le cas où le pire se concrétise. 15% de risque de récidive, c’est aussi un immense 85% de possibilité qu’il ne revienne jamais. Mais je pense en analyste… J’ai vu le risque!

Je suis contre l’idée de vivre dans le déni et de faire comme si cette éventualité n’existait pas. Je ne suis pas non plus démoralisée. Au contraire : je me sens aussi bien que je peux l’être dans ces circonstances. Je ne suis ni défaitiste, ni fataliste. Avoir une vision globale de la situation est un outil qui m’aide à avancer et à prendre des décisions.

J’ai repoussé cette introspection pendant un certain temps. Ce n’est pas un sujet que j’abordais avec enthousiasme! Mais l’occasion est belle de pousser un peu plus loin ma réflexion sur la vie. Évidemment, je ne veux pas partir avant la fin du film! Mais outre ce constat, pour quelles raisons, dans la poursuite de quels buts est-ce que je veux vivre?

Nous avons tendance à repousser constamment à plus tard la réalisation de nos projets les plus essentiels, les plus profonds. « À la retraite », « quand l’hypothèque sera payée », « quand les enfants seront grands », « quand j’aurai moins de travail ». Et si ce moment ne venait pas? Si les 15% de risques se concrétisaient? Quel beau gâchis ce serait n’est-ce pas?

Cet éléphant dans mon salon me pousse donc à une réflexion concernant ma spiritualité et les raisons de vivre que j’ai envie de prioriser. À petites doses d’écriture et d’introspection. Comme si la vie avait décidé que maintenant est le moment de me recentrer sur l’essentiel!

Pascale1970

publié(e) par Au-delà du rose sur sep 19, 2019 3:46 EDT
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L’autruche et le cancer du sein…
Je me suis longtemps demandé d’où venait l’expression « Faire l’autruche », est-ce que
vraiment les autruches cachent leur tête dans le sable? Et pensent-elles vraiment
qu’aucun prédateur ne peut les voir?
Vous vous demandez pourquoi je vous parle d’autruches dans ce blogue sur le cancer
du sein?
Eh bien, tout simplement parce que cela a été ma première réaction face au cancer,
AVANT que le diagnostic ne tombe; je voulais faire comme l’autruche et me cacher pour
ne pas que le cancer me trouve.
L’autruche, elle se couche au sol la tête repliée et reste figée, pour rester invisible aux
prédateurs qui, souvent, se fient aux mouvements, aux signaux olfactifs et auditifs
(Wikipédia), contrairement à l’humain qu’il n’a qu’à suivre les traces pour la retrouver.
Un soir, par pur hasard j’ai trouvé une petite bosse sur mon sein droit… La vague
d’angoisse est arrivée au même moment, mon ventre me faisait mal, mon cœur battait
tellement fort… J’étais en panique, toute seule dans la salle de bain…
J’invite le silence, ne rien dire, faire semblant que demain la petite bosse aura disparue,
espérer que je me suis trompée et que je panique pour rien.

Mais le lendemain, le surlendemain, et le sur-surlendemain, elle est toujours là, est-ce
qu’elle grossit? Je me dis : «ce n’est qu’un ganglion », j’essaie d’y croire fort… Ah! Tout
d’un coup je ne sens plus rien… Mais non, elle est là, vraiment là… Je ne veux pas la
sentir, je ne veux pas la voir, je ne veux pas qu’elle soit réelle… Je ne veux pas qu’elle
EXISTE…
Parler à mon conjoint… Cela rendait la petite bosse un peu plus réelle, je lui donnais la
permission d’exister… Mais je me décide à lui en parler… Sa réponse fut : « Tu devrais
aller consulter, tu sauras ». Nous étions fin février 2018…
J’ai appelé pour voir mon médecin de famille… Mon rdv était en mars (fin mars), et dire
que j’ai failli oublier de lui en parler pour la petite bosse… Elle me confirme qu’il y a
quelque chose et m’envoie passer une mammographie… J’ai passé pour la
mammographie la semaine suivante…
Une première semaine en attente d’un examen… Et ensuite la première attente d’un
résultat…
J’essaie de ne pas y penser, je continue mon quotidien comme si de rien était… Mais,
une fois de temps en temps, j’allais vérifier, si par hasard cette petite bosse ne serait
pas partie?
J’ai reçu l’appel de mon médecin dans le train vers Québec, j’étais avec ma fille. Mon
médecin me dit que je dois aller passer une échographie. J’essaie de ne pas arrêter de
respirer, je suis avec ma fille, je ne dois rien laisser paraître de mon stress…
Nous sommes le 9 avril 2018… J’ai passé mon échographie dans la même semaine…
Quand la radiologue est rentrée, elle s’est mise à me parler en espagnol! C’est vrai
qu’avec un nom « Mendoza » on suppose tout de suite que la personne parle espagnol!!
Elle a été très gentille, mais elle m’a dit qu’elle m’envoyait passer une biopsie… Qu’à
mon âge (47 ans) on ne prend pas de chance… Je savais maintenant que la bosse était
vraiment réelle, et en plus j’étais certaine de ce qui se passait… Mais, la radiologue m’a
dit que souvent c’est négatif… Je suis ressorti en faisant l’autruche…
L’autruche se couche par terre, et replie sa tête pour se protéger des tempêtes de sable,
les africains définissent cette posture comme signal de l’arrivée d’une tempête…
Le rendez-vous pour la biopsie est arrivé très vite, la radiologue m’avait dit qu’il y avait
un peu d’attente pour les rendez-vous, que cela pouvait prendre 2 semaines… Mon
échographie était le jeudi 12 avril, j’ai eu mon rendez-vous la semaine suivante… Je n’ai
jamais vu ça d’un bon œil, quand ils arrivent trop vite, soit je suis extrêmement
chanceuse, soit il se passe quelque chose.
Quand j’ai reçu l’appel de l’hôpital pour le rendez-vous, ma première réaction a été…
Vous devinez n’est-ce pas?! Oui, j’ai essayé de faire l’autruche, j’ai dit à la
madame : « Je ne peux pas demain pour la biopsie, je suis en réunion toute la journée »

Ma collègue qui m’a entendue, me dit : « Mais que fais-tu là, tu es en train de refuser un
rendez-vous pour toi? » J’ai appelé mon conjoint, qui m’a dit de rappeler immédiatement
et qu’il viendrait avec moi.
Ouf, là le stress est vraiment plus difficile à contrôler, et j’étais toujours dans le néant,
personne ne me disait rien, à part : « On attend les résultats » Cette attente qui gruge
toute énergie, qui me paralysait… J’ai toujours eu une grande capacité d’imagination…
Laissez-moi vous dire que j’en ai créé des scénarios. Là j’étais submergée dans
l’angoisse…
L’attente du dernier résultat a duré 2 semaines, les pires 2 semaines de ma vie, j’allais
travailler, mais maintenant les gens se doutaient qu’il y avait quelque chose. Je n’étais
plus la même. À la maison, mon conjoint et moi on se regardait sans en parler, pour ne
pas rendre la chose réelle…
Enfin, l’attente était terminée, j’allais enfin être fixée… Ainsi, le 3 mai 2018, j’avais un
rendez-vous avec un chirurgien-oncologue… Cette journée-là, j’ai dit à ma
collègue : « Ce n’est peut-être qu’un kyste qu’ils doivent retirer » Je faisais encore
l’autruche.
L’autruche, picore au sol pour se nourrir, et souvent dans les rochers pour trouver à
manger, donc on ne voit pas sa tête… Moi j’essayais de me nourrir d’espoir…
Mais, hélas, ça ne sert à rien de « Faire l’autruche », le cancer était bien là, il m’avait
trouvé, la tempête s’en venait et pour l’instant je n’avais rien trouvé à manger pour
apaiser mon angoisse…
J’ai décidé de retourner au travail, en attendant mon opération… Avant le diagnostic,
c’est moi qui étais dans l’angoisse, la peur de l’inconnu. Je dirais même dans la
négation… Tout d’un coup, tout a changé, dès que cela a été annoncé à la famille, les
amis, le travail… Ce n’était plus moi qui étais dans le désespoir et l’inconnu, mais bien
les autres… Surprise de toutes ces réactions, j’ai alors décidé de continuer à rire et
faire rire les autres, avec mes aventures avec le cancer. Et continuer à faire des projets.
Finalement, j’ai laissé Mme Autruche de côté pour redevenir moi-même, j’avais décidé
d’apprendre à cohabiter avec le cancer… Mais cela, c’est une autre histoire!

Eli
publié(e) par Au-delà du rose sur sep 19, 2019 3:44 EDT

 
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C'est un blogue collectif de plusieurs autrices et auteurs.  Des histoires de vie, parfois heureuses, parfois difficiles… des montagnes russes d’émotions vécues par tant de femmes et d’hommes. 



Au-delà du rose, est un blogue visant à partager, soutenir, démystifier, rallier, briser la solitude et surtout mieux connaitre et comprendre les différentes réalités du cancer du sein.  

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