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Mon père est mort lundi vers 17 h 30...
Tipoussin
2 billets

Bonjour à tous,

Le 8 juin dernier, mon papa Marco entre à l'hôpital car il souffre d'un mal de dos atroce depuis deux mois. C'est un gars de bois. Il vit pour la nature et fuit le système médical depuis des décennies. Il se guérit par les plantes, entre autres. Le lendemain de son hospitalisation, les nouvelles ne sont pas bonnes. Il a un cancer du rein de stade 4. La tumeur a fait foncer des p'tits bébés métastases droit dans sa colonne vertébrale. Non, son mal de dos n'est pas dû à sa chute de l'autre jour. Mais bien à ce cancer, qui est déjà rendu dans ses poumons et son abdomen. 

Il fait un traitement de radiothérapie et un autre d'immunothérapie.

Puis le 1er juillet, pendant que tout le monde déménage, il en profite pour se payer un infarctus. Un bonus à sa condition actuelle. On le transfère aux soins intensifs en cardiologie de l'hôpital de Sherbrooke. Le 3 juillet, je le visite pour son anniversaire. Il lutte contre une brachycardie qui toutes les deux ou trois minutes, le fait chuter dans une angoisse terrible et un profond mal-être. Je suis bouleversée de le voir ainsi.

Le 7 juillet, n'arrivant plus à bien respirer, il perd connaissance. Le médecin l'intube afin qu'il respire sur un respirateur artificiel. Le lendemain, il passe l'après-midi à passer des tests : scan du cou et des poumons, puis une bronchoscopie. 

Le 9 juillet, ce lundi, son amoureuse et moi sommes à l'hôpital pour une rencontre familiale. Mon fin odorat me dit qu'au nombre de médecins qu'il y a dans la chambre avec nous, les nouvelles ne doivent pas être bonnes. Le cancer a progressé. Il y a des métastases partout dans ses os et ses poumons. La situation s'est aggravée. Avec mon père, on prend la décision de retirer le tube. Sachant que le médecin ne lui réinstallera pas s'il ne peut respirer seul, et qu'il ne le réanimera pas si son coeur arrête. 

Avant de retirer le tube, mon père demande une feuille de papier. Il écrit deux mots : Adieu. Et Pepsi. S'il parvient à respirer après qu'on lui retire le tube, je tiens absolument à ce qu'il puisse boire quelques gorgées de ce breuvage. Il y a des jours maintenant qu'il est gavé et que sa seule joie provient de cette petite éponge qu'on gorge d'eau et qu'il peut téter à sa guise. Vous savez, ces grandes joies de la vie... Je pars à la course dans l'hôpital et c'est Lise du Casse-Croûte qui descendra au 2e sous-sol me sortir un Pepsi de la réserve secrète. Parce qu'on vend peut-être des chips à l'hôpital, mais certainement pas du Pepsi. Lise ne saura jamais l'immense portée de son geste.

Je reviens dans la chambre et mon père respire sans son tube. Avec de l'oxygène certes, mais je peux maintenant lui faire boire son Pepsi à la paille. Soyons pas radins, ajoutons de la bonne glace froide.

Son amoureuse quitte en se disant qu'elle reviendra le lendemain matin. Mais peu de temps après, alors que je suis près de lui, son infirmer Mathieu constate qu'il se fatigue rapidement. Le médecin vient le voir. Lui propose de lui administrer des médicaments qui vont adoucir la suite...

« Vous êtes en train de me dire que je suis rendu au terminus? », ce à quoi acquiesce le médecin.

On lui retire pratiquement tout, et on atténue la machine d'oxygénation tout près qui fait un bruit d'enfer. Mathieu et moi, on reste près de lui. Je lui tiens la main. Jusqu’à ce moment où il suffoque et demande qu’on lui administre les médicaments rapidement. Qu’il veut mourir. « Non non, ça n’ira pas là ». 

Il s’éteint. À 61 ans. Lui qui était entré à l’hôpital un mois plus tôt pour un grave mal de dos. Plus jamais il ne sera ressorti sentir le vent flatter son visage barbu. 

Il a bu toute sa canette de Pepsi. Je l’ai lavé et je l’ai rapporté avec moi. 

Et maintenant… Je suis sous le choc. Heureuse d’avoir été à ses côtés jusqu’à la fin, mais bouleversée par la progression faramineuse de cette maladie. 

Le début d’un long deuil s’amorce. Parce qu’évidemment, un deuil, ça ne progresse jamais aussi vite que les métastases le long d’une colonne vertébrale. 

Je remercie à l’avance les personnes qui prendront le temps de lire cette petite histoire, semblable à des milliers d’autres. Semblable à la vôtre. Semblable à la tienne. Je pense à vous tous, qui vivez votre peine de supporter les gens que vous aimez dans la traversée de cette maladie, ou votre deuil. Je vous envoie de l’amour, de la paix et de la douceur. À go, on prend le temps de regarder les feuilles d’un arbre danser dans un ciel bleu, et on dit à la personne qu’on l’aime, qu’elle soit encore ici, ou transformée en âme.

Papa Marco, je t’aime.

Ton ti-poussin

xxx

19 Réponses
St-Laurent42
362 billets
Très beau texte Tipoussins! Mes pensées t'accompagnent. 
St-Laurent XX
Melm
30 billets
Vous m'avez émue aux larmes .mes condoléances pour votre merveilleux papa .votre histoire me touche a un point inimaginable
Jequila
13 billets
Bonjour Tipoussins‍, je suis immensément désolée pour toi. C'est tellement injuste que tu aies perdu ton papa si rapidement, sans avoir le temps d'assimiler quoi que ce soit. Ton histoire me rejoint particulièrement, puisque j'ai une amie qui a également un vrai de vrai papa des bois, elle étant pharmacienne, ça a tout pris pour le convaincre de passer des tests, pour finalement obtenir un diagnostic de cancer du colon stade 2. J'étais très sensible à sa cause, sans savoir à ce moment qu'en même temps ma mère était habitée et envahie par le même cancer, à un stade 4. C'est ce qui nous a amenées à l'hôpital, des douleurs dans le ventre depuis des mois. Quand on a commencé les traitements, c'était l'enfer, mais au bout de quelques mois elle a vraiment repris du poil de la bête. Même s'ils nous disent que c'est le sprint final, on ne sait pas pour combien de temps, on peut toujours se permettre de rêver à un miracle, surtout quand la forme revient. Il y a deux mois, avant qu'elle emménage avec moi, on se parlait au téléphone et elle a poussé un cri effroyable; son "arthrose" lui fait mal dans le bas du dos. C'est juste de l'arthrose. Oui oui. Mais bon, on vérifie tu avec un scan? Comme ton papa, l'envahisseur a trouvé un chemin vers sa colonne. Ils vont essayer de le faire reculer avec la radio, c'est 50/50, sinon ils parlent peut-être d'une opération, ce qui est dur à imaginer dans son état, sans parler du risque de paralysie à tout moment.
Je ne sais vraiment pas si ce que je vais dire peut apporter un micro salut dans ta situation, mais au moins je me dis que ton papa a vécu sa vie comme il l'entendait jusqu'au bout (ou presque), il n'a pas passé des mois et des années d'enfer à se demander quand viendrait son moment, à broyer du noir et se torturer sur l'imprévisibilité de la maladie. Par contre, c'est sur et certain qu'il n'y a pas de départ mieux qu'un autre. Et c'et sur qu'on peut toujours se dire, mais si on l'avait su avant! Si elle m'avait écouté il y a 2 ans quand je lui ai dit va donc passer une coloscopie. Tout ça change rien, on est là maintenant, avec cette boule qui est immense et qui bat au ralenti. J'ai une amie qui a perdu son frère subitement le mois dernier, elle n'arrête pas de me dire qu'elle n'a même pas pu lui dire aurevoir. J'ai immensément peur des mois à venir (espérons des années), mais oh mon dieu que je prends chaque moment que je peux pour la serrer très fort si jamais je devais la perdre dans la nuit.
 
Je t'envoie énormément de tendresse et du courage pour apprendre à vivre avec cette morsure qui laissera sa trace à tout jamais. Je vais penser à toi et à ton papa lors de ma contemplation du ciel ce soir, quand le bleu virera au mauve, que le blanc des nuages se transformera en orange. J'espère que le vent viendra caresser ton visage, comme s'il était là avec toi. Ta phrase "Parce qu’évidemment, un deuil, ça ne progresse jamais aussi vite que les métastases le long d’une colonne vertébrale. " va m'habiter, c'est certain. Prends ton temps, vis tes émotions, et n'hésite pas à demander de l'aide si tu étouffes.
Tipoussin
2 billets
Bonjour Jequila‍ 

Un gros gros merci pour avoir pris le temps de me partager ton histoire, et je pense la même chose que toi : je suis heureuse qu'il n'ait pas eu à traverser des mois, voire des années de traitements et de douleurs. J'ai énormément d'empathie pour les proches et les malades qui doivent supporter pendant si longtemps les montagnes russes physiques et émotionnelles qu'engendrent les traitements du cancer. J'en ai beaucoup plus maintenant, après avoir traversé ces quelques semaines...

Je t'envoie, ainsi qu'à ta mère, des énergies dignes de l'océan : la douceur de son bleu et la force de ses vagues pour poursuivre ce chemin houleux. Merci encore pour ton message :)

Merci aussi à Melm‍ et à St-Laurent42‍ 

Amour xxx
Candie
4438 billets
Mes plus sincères condoléances Tipoussins‍.
Vous avez fait preuve de beaucoup de courage et d'amour.
Des souvenirs qui resteront à jamais gravés dans votre mémoire.
Que la Vie vous apporte la sérénité nécessaire pour continuer la route.
Avec toute ma tendresse,
Candie xxx
Bonsoir, à mon tour et au nom de l'équipe ParlonsCancer.ca, permettez-moi de vous offrir toutes mes sincères condoléances.  Merci d'avoir partagé avec nous, parfois les mots des autres font échos en soi, et permettent quelque chose ...

Je vous souhaitant le calme pour vous et vos proches,

 
Thelife
515 billets
Mes plus sincères condoléances cher Tipoussins.  J'ai lu avec émotion ton merveilleux partage qui me touche beaucoup.  Je ne te connais pas mais ce soir, je suis en pensée avec toi et je t'envoie mes pensées les plus tendres, les plus douces, les plus réconfortantes pour bercer ton beau coeur.  

Avec tendresse,

ThelifeXX
georgette33
30 billets
Bjr à toi Toupoussin. Je suis effondrée de par tout ceci courage à toi. Je vis la même situation que ton papa repose en paix. Je vis la même situation métastases os cerveau avec des nodules au crâne. Les douleurs atrauces partout , mais j'ai foi en à guérison merci
Tounealy1
25 billets
Très beau texte, très émouvant.... Toutes mes sympathies xxx
angedetoncoeur
399 billets
Super beau ton message. Désolé pour toi. Courage la vie continu. Bye-bye
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