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présentons-nous

RE: présentons-nous

Publié par Concert sur nov 15, 2020 9:58

Cher Monsieur billg‍ ,
D'abord je vous remercie de partager votre histoire avec nous et tant mieux si cela vous fait du bien. Parce que du bien pour vous c'est aussi du bien pour votre épouse, vos enfants, vos proches.
Je tiens aussi à vous féliciter parce qu'un jour vous avez pris l'engagement solennel d'être aux cotés de votre épouse jusqu'à la fin, "pour le meilleur et pour le pire"... C'est engagement vous l'avez respecté.  Ce ne sont pas tous les hommes qui y parviennent. Vous pouvez marcher la tête haute.
Il vous reste maintenant à franchir les prochaines étapes, douloureuses!  Je suis certain que vous le ferez avec toute la dignité dont nous vous savons capable. Et vous continuerez de nous écrire et nous continuerons de vous soutenir.
Votre conjointe a besoin de vous. Il est très probable que le plus grand bien que vous puissiez lui procurer soit de lui montrer que vous aussi avez besoin d'elle. Faites-lui part de vos craintes, demandez-lui conseils: pour les enfants, pour le budget familial, le lieu de résidence (déménager ou pas?). Des conseils pour vous aussi: votre santé, votre travail, votre alimentation. Tout ce qui peut vous préoccuper. Mettez-là dans le coup.
Ce serait valorisant et apaisant pour elle. Ça lui indiquera aussi qu'elle continuera d'avoir de l'importance et un rôle à jouer même après son décès.

Vous faites ce que vous voulez de mes conseils, bien sûr.
Solidairement.
Tenez bon!

RE: présentons-nous

Publié par billg sur nov 16, 2020 10:28

Bon ben allé, je remet le texte pour la compréhension du fil de discussion et pour le partage.

 

Ta fille n’a pas pleuré.

 

9 minutes et 24 secondes.

 

Dimanche 8 novembre 2020, nous dînions quand soudain notre fille, l’aînée de nos 3 enfants, a crié “maman ça va ?!”. Je me suis tourné vers toi.

Ton visage, ta main, ton bras : tout ton corps était en train de se crisper. Pendant un court instant j’ai cru que tu plaisantais mais j’ai remarqué la douleur sur ton visage et le fait que tu commençais à glisser de ta chaise. J’ai aussitôt compris : tu faisais une attaque. AVC, crise cardiaque, quelque chose de cet ordre d’urgence.

 

Tout le monde s’est mis à hurler, notre fils cadet pleurait “maman !”, son petit frère aussi, pendant que je me précipitais pour t’attrapper avant que tu ne glisses hors de table.

J’ai hurlé aux enfants d’aller me chercher un téléphone pendant que j’essayais de te garder avec nous. Ils n’en trouvaient pas, du coup je t’ai laissé à notre fille et je me suis précipité pour attraper mon portable que je savais être en train de charger dans la chambre.

Je suis revenu en courant te reprendre pendant que le téléphone basculait sur le message d’attente du 15, pour une durée qui m’a paru infiniment trop longue et a probablement duré moins d’une minute. Voyant qu’ils ne répondaient pas, j’ai demandé à notre fille d’appeler le 18 avec son téléphone qu’elle avait trouvé entre-temps. 

Et pendant cette éternité, je t’ai vue dans mes bras changer de couleur, du rose au rouge, puis au violent. Mâchoire serrée, inconsciente,  sans respiration, le visage déformé par l’extrême douleur que tu subissais.

 

Je t’ai allongée contre mon torse pendant que j’expliquais plus que fermement ta situation à l’interlocuteur qui a immédiatement commandé une intervention dès que j’ai eu fini de lui dire, en une courte phrase ininterrompue, nom - prénom - adresse - urgence de la situation. J’ai demandé à notre fille de raccrocher les pompiers et de brancher ton dispositif d’oxygène, puis j’ai tenté de te mettre les “lunettes” dans le nez. Je n’arrive même pas à me souvenir si l’air sortait, je faisais trop de choses en même temps. Peut-être que ça t’a sauvé la vie. Peut-être que ça n’a servi à rien. J’ai eu le sentiment en tous cas que moi je ne servais à rien. Et le gars du 15 continuait de me parler, de me demander de tester ta respiration, ta conscience. Quelle idiotie, c'était infernal pour moi pendant que j’essayais de te tenir, maintenir les lunettes d’oxygène en place, tenir le téléphone, répondre à ses questions qui ne changeraient rien ! laissez moi raccrocher ! il a fini par me passer le médecin qui lui a vite compris que je ne pourrais rien faire et qu’il m'embêtait plus qu’autre chose, qu’il fallait juste attendre l’arrivée des secours. 

 

L’appel a duré 9 minutes et 24 secondes. 

 

Je suis allé chercher notre cadet pour lui dire d’aller attendre les pompiers mais il était au téléphone, en train de pleurer. J’ai cru qu’il était aussi avec les pompiers alors je lui ai crié dessus pour qu’il raccroche et vienne plutôt m’aider ; il m’a regardé en pleurant en disant qu’il était au téléphone avec sa tante, que c’était pour lui, qu’il avait besoin de soutien. Je l’ai serré fort en lui demandant de m’excuser, en lui disant qu’il faisait bien et que je comprenais.

 

Je suis revenu vers toi, je t’ai parlé. Tu continuais de partir. Tes yeux sont devenus vitreux, révulsés, tu te crispais tel - j’imagine - un épileptique. Tu ne respirais plus et ton corps, en réaction, prenait des teintes effroyables. Tes lèvres surtout, dans une moindre mesure tes doigts et encore moindre le bout de ton nez ont commencé à noircir. Notre fille te frottait les mains pour essayer de te réchauffer et y maintenir la vie.

 

J’ai entendu tes dents craquer.

 

Je suis allé dans la rue après avoir allumé la lumière extérieure pour agiter les bras pour que les pompiers, que j’entendais arriver au loin, ne ratent pas la rue et ne perdent aucune seconde. Ils sont entrés pendant que je briefais le pompier soignant ; j’avais poussé  table et chaises contre le mur pour qu’ils aient la place et ils ont pu immédiatement prendre le relais pour te maintenir semi-assise et évaluer ton état tout en déployant leur matériel. Le pompier soignant s’est tourné vers moi et m’a dit qu’il ne pourrait pas te plonger en coma artificiel pour t’intuber, que tu ne tiendrais probablement pas et qu’avec la situation actuelle - 2020, synonyme de pandémie du coronavirus, il n’y aurait pas la capacité à te maintenir en réanimation. Il fallait donc essayer de te soigner maintenant, en assumant le risque de te perdre. 

“Avez-vous bien compris ? est-ce que ça vous convient ?”

Quel choix. Te donner une chance ici, ou les forcer à t’emmener en réduisant encore tes chances. Je te savais déjà au bord de l’abîme. Je t’avais même dit en les attendant que si tu voulais arrêter le combat et partir, je ne t’en voudrais pas. J’étais dévasté.

 

Leur dispositif d’oxygène, masque nez-bouche avec une pression de 10 litres contre 2 sur notre machine, t’a fait parcourir doucement mais sûrement à l’inverse le cycle de tes couleurs. Ils ont pu t’asseoir et enfin, tu as fait un mouvement : tu as bougé la main. Premier espoir. Ca tenait plus de l’instinct primaire que de la conscience éveillée, mais tu essayais d’enlever le masque, c’était plus qu’un réflexe.

 

Pendant ce temps, notre fille a emmené nos fils dans une chambre pour leur lire une histoire. Un des pompiers était avec eux pendant que les 4 autres étaient avec toi, et par extension inutile, moi.

 

Ta fille n’a pas pleuré. 

Moi, énormément. 

 

J’ai appelé mon père pour lui demander de venir s’occuper des enfants, pendant qu’ils t’emmenaient aux urgences. J’ai posé un dernier regard sur toi et je t’ai vue à nouveau dans ton corps, un seul et unique regard déboussolé mais c’était toi. Je t’ai dit que tu avais perdu connaissance et que les pompiers t'emmenaient à la clinique du parc, pour essayer de te rassurer et te fixer.

 

Combien de temps ? combien de temps as-tu été privée d’oxygène ? avons-nous réagi assez vite ? si ce satané appel a durée 10 minutes, combien avons-nous perdu de temps avant d’appeler et combien de temps encore avant l’apport nécessaire d’air pour t’empêcher de sombrer ? je pense que nous avons fait vite. Mais aurions-nous pu faire mieux ?  

 

Arrivé à mon tour aux urgences, j’ai croisé les pompiers qui repartaient en service. “Elle va mieux, je lui ai dit que vous alliez venir la voir”. 

Seulement toujours à cause du covid, il m’a été refusé de venir te voir. 

 

Ta fille n’a pas pleuré. 

Moi si. Seul, dans la nuit et le froid, sur le parking. 1h30 d’angoisse, de culpabilité, de messages croisés à mon père, ma famille, à Isa. Enfin, les infirmiers ne m’ayant toujours appelé contrairement à ce qu’ils avaient indiqué - mais comme je m’y attendais, je suis retourné prendre des nouvelles ; l’infirmière compréhensive à l’accueil m’a conseillé de rentrer attendre chez moi et de les rappeler dans une heure.

 

Deux jours plus tard, tu es vivante. Pour combien de temps, je ne sais pas. A quoi dois-je m’attendre, je ne sais pas non plus. J’espère que tu n’as pas de séquelles.

 

Tu ne te souviens pas de ce qui s’est passé.

Moi, je pleure encore chaque jour. 

 

Mon vase d’émotions est plein, chaque nouvelle émotion aussi petite soit-elle, triste ou gaie, me fait déborder dans la détresse. Un film, une musique, une pensée... et si je suis à ce point traumatisé, qu’en est-il des enfants ? Les garçons n’ont pas vu les images les plus difficiles, ils étaient dans la chambre. Ce sera déjà bien assez dur pour eux.

 

Mais notre fille n’a pas pleuré. Et elle a tout vu. A part toi mon amour, c’est elle qui m’inquiète le plus, ce n’est pas possible de contenir tout ça. Elle est forte, c’est bien ta fille, mais elle ne peut pas l’être à ce point.

 

Je suis là pour vous. 

(le 15 c'est les numéro court des urgences en France, le 18 les pompiers)

@Bea : je ne voulais pas dire que ma fille est anormale, mais plutôt que je crains que ce qu'elle a réussi à maintenir au plus profond d'elle depuis dimanche dernier la mine encore plus par la suite. Pour autant, je l'admire d'avoir su plus que moi rester calme.

Ma femme est toujours hospitalisée, elle va correctement et ils s'occupent de sa pleurésie par interventions successives (drainage, talcage...). Je ne sais pas quand elle va sortir et ne peut toujours pas officiellement la voir. Je résiste à la tentation d'y aller furtivement, je pense qu'en marchant d'un pas sur personne ne m'arreterait. Mais bon, par respect pour les soignants, je ne le fais pas.

Nous avons vu un psy en famille, aussi, comme ça tout le monde a pu s'exprimer.

RE: présentons-nous

Publié par angedetoncoeur sur nov 17, 2020 7:16

Mon dieu
pauvre elle. Toujours et toujours des obstacles. Ça prend du courage et de la détermination pour traverser tout ça. Je lui lève mon chapeau. Les enfants à travers ça ouff. La vie est vraiment injuste parfois. Je vous souhaite tout le courage du monde et espère que ça va s'arranger pour vous. Lâchez pas, gardez espoir. Bonne chance. Donnez nous des nouvelles bye bye

RE: présentons-nous

Publié par billg sur nov 23, 2020 6:25

Dur dur.. je l'ai récupérée a la maison, elle est aphasie après son attaque et n'arrive plus a s'exprimer. Physiquement ça va si ce n'est faiblesse parce qu'elle ne veut plus trop manger.
on fait un bilan orthophonique vendredi pour voir ce qui est récupérable. Mais c'est dur de la voir comme ça parce qu'elle comprend a peu près tout mais n'arrive pas a dire autre chose que oui ou non. C'est déjà pas mal, mais c'est compliqué quand on ne sait pas de quoi elle veut parler..